La Méthode Helguy

Avant 1909, la primauté est donnée à l'école au dessin académique et à la géométrie. Un enseignement obligatoire, différencié selon les sexes répond aux besoins des futurs hommes ou femmes selon le rôle qui sera le leur dans la société : les garçons apprennent principalement le dessin technique. Les filles sont formées au dessin décoratif. La pratique artistique n’a pas pour objet l’épanouissement personnel de l'enfant. Le but recherché à travers l’enseignement du dessin est essentiellement pratique : les connaissances sont acquises afin d’être valorisées dans l’avenir.

Une classe d'école ancienne avec des enfants et deux femmes assises derrière une longue table. Le mur en arrière-plan est décoré d'œuvres d'art et de peintures.

Hélène Guinepied et ses élèves

L'enseignement du dessin est supervisé par l'État : la France doit former de futurs créateurs et fabricants d'objets d'art appliqués à l'industrie pour conserver son rang de première nation de l'industrie du luxe.

Méthode Helguy

Avec la « Méthode de dessin libre à grande Échelle » ou “Méthode Helguy” d'Hélène Guinepied, l’enfant est placé directement face au sujet qu’il va peindre, dans la nature. On lui donne les moyens de dessiner de grands formats en lui procurant des rouleaux de papier, des fusains (et non des crayons dont la mine trop fine ne permet pas de tracer de grands motifs), des couleurs. On lui demande d’observer le sujet avec beaucoup d’attention, puis de le dessiner. Les contours sont ensuite retracés à l’encre à l’aide d’un pinceau, puis les sertis sont colorés.

Dessin d'élève réalisé selon la méthode Helguy, T. Bassier, Ormoy
T. Bassier, Ormoy
Dessin d'élève réalisé selon la méthode Helguy, Germaine Rameau, 1920
Germaine Rameau, 1920
Dessin d'élève réalisé selon la méthode Helguy, Germaine Rameau, pins
Germaine Rameau, pins

Hélène Guinepied insiste surtout sur la liberté qui doit être laissée à l’enfant et s'interdit toute critique. L’enfant sera seul juge de son travail :

« Exécutant grandeur nature, il voit très vite les défauts de construction, d’équilibre, de volumes et de coloration. Il indique les détails, et cela lui plaît. Il devient son propre critique ; son jugement et sa faculté de décrire progressent très vite ; il devient différent : au lieu de flotter dans un vague rêve, il prend l’habitude de regarder, donc bientôt de penser ».

« L'art paysan et les ateliers villageois », L'Essor, N°2, avril 1927

Éducation Nouvelle

La « Méthode de dessin libre à grande échelle » d’Hélène Guinepied s’inscrit parfaitement dans le courant de l’Éducation Nouvelle, qui commence à s’affirmer à la fin du XIXe siècle, prônant une pédagogie active qui laisse le choix des activités et privilégie l’apprentissage d’après des situations réelles. L’enfant devient acteur de son propre apprentissage en utilisant les compétences croisées qu’il va développer. En effet, l’enfant qui dessine avec la méthode Guinepied exerce non seulement son sens artistique mais aussi son sens critique, son sens de l’observation bien entendu, son raisonnement. La méthode Guinepied cherche à favoriser l'épanouissement personnel.

La « Méthode de dessin libre à grande échelle » rejoint certains des principes pédagogiques de Maria Montessori et de Célestin Freinet.

Maria Montessori
Célestin Freinet

" Les yeux gardent longtemps l'éblouissement ressenti devant tant de gaieté sereine, de hardiesse ingénue, de couleurs franches, vives, audacieusement mais toujours harmonieusement opposées ... il est impossible, quand on voit ces grands panneaux décoratifs de ne pas songer aux Kakemonos des japonais. L'enfant procède, du reste, comme les artistes japonais : à peine ou pas d'esquisse au fusain... pas d'hésitation, l'enfant voit son décor avant de le peindre".

L’Illustration, 9 février 1929